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‎Coopération pétrolière entre la RDC et l’Ouganda : les défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme

by Zionnews

Les accords de coopération conclus entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda dans le domaine pétrolier suscitent déjà de vives réactions au sein de la société civile et des organisations environnementales des deux pays.

À l’issue des discussions menées le 11 mai dernier entre le président Félix Tshisekedi et son homologue ougandais Yoweri Museveni, plusieurs axes de coopération bilatérale ont été abordés, notamment dans les domaines sécuritaire, commercial et énergétique.

Selon le communiqué conjoint signé par les deux chefs d’État, les échanges ont porté, entre autres, sur la gestion des ressources naturelles transfrontalières du Graben Albertin, notamment autour du lac Albert et du lac Édouard, ainsi que sur d’éventuels projets communs dans le secteur de l’énergie.

Mais cette perspective de coopération pétrolière inquiète fortement plusieurs organisations de défense de l’environnement et des droits des communautés locales.

Dans un communiqué publié le 12 mai, des mouvements citoyens et environnementaux, dont « Notre Terre Sans Pétrole » (NTSP) et Stop EACOP, dénoncent des accords qu’ils jugent conclus « sans garanties suffisantes pour les communautés locales et la protection des écosystèmes ».

Ces organisations disent craindre une accélération de l’exploitation pétrolière dans l’Est de la RDC, à travers une éventuelle intégration du pays aux infrastructures pétrolières déjà développées par l’Ouganda.

Les inquiétudes ont été renforcées par les déclarations du président ougandais Yoweri Museveni, rapportées par plusieurs médias, selon lesquelles le président Félix Tshisekedi aurait proposé une participation de la RDC aux infrastructures pétrolières ougandaises.

Un gisement partagé entre les deux pays pourrait ainsi faire l’objet d’une coopération plus approfondie.

L’Ouganda a déjà engagé plusieurs projets pétroliers majeurs, notamment la construction d’un oléoduc et d’une raffinerie. Pour les organisations environnementales, une telle orientation pourrait avoir des conséquences importantes sur les communautés de pêcheurs, les ressources en eau ainsi que les écosystèmes fragiles du Graben Albertin.

« Aucun des deux gouvernements n’a publiquement clarifié la portée de ces discussions, leur calendrier, leurs implications environnementales ou encore les communautés potentiellement affectées », regrettent ces structures dans leur déclaration.

Les organisations rappellent également que les projets pétroliers Tilenga, Kingfisher et EACOP font déjà l’objet de nombreuses critiques en Ouganda et en Tanzanie.

Plusieurs rapports évoquent des accusations de déplacements forcés, de pertes de moyens de subsistance et d’impacts environnementaux sur les ressources hydriques et la biodiversité de la région des Grands Lacs.

Des représentants des communautés de pêcheurs congolais ainsi que des organisations de la société civile ont, par ailleurs, saisi la Cour de justice de l’Afrique de l’Est afin de dénoncer les impacts transfrontaliers de ces projets pétroliers sur le lac Albert, la rivière Semliki et les populations riveraines.

Joint par la rédaction de Zion News, un acteur de la société civile congolaise a rappelé l’expérience de l’exploitation pétrolière à Moanda, dans le Kongo-Central.
« Nous avons déjà l’expérience de l’exploitation pétrolière à Moanda depuis près de 50 ans. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a jamais eu de véritable réparation ni une bonne politique de gestion des ressources.

Même les revenus générés par ce pétrole n’ont pas suffisamment profité aux communautés locales », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter :
« Le gouvernement présente la RDC comme un pays solution dans la lutte contre le réchauffement climatique. Alors pourquoi revenir aujourd’hui vers des modèles fondés sur les énergies fossiles ? Nous avons déjà une mauvaise expérience et les communautés ougandaises ont elles aussi subi les conséquences de l’exploitation pétrolière. »
Tout en précisant qu’ils ne s’opposent pas au développement économique du continent, les défenseurs de l’environnement appellent les autorités congolaises et ougandaises à privilégier la transparence, la consultation des populations concernées ainsi qu’une évaluation indépendante des impacts environnementaux avant toute avancée majeure dans ces projets énergétiques.

Nestor Fuluma

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