Lancée il y a environ une semaine, l’opération de recrutement des jeunes vers le centre de formation de Kaniama Kasese, dans le Haut-Lomami, suscite une vive controverse au Haut-Katanga.
Présentée comme une réponse au banditisme urbain à travers l’encadrement des jeunes sans emploi, l’initiative du Service national est aujourd’hui remise en question en raison des méthodes dénoncées lors des interpellations.
Sur le terrain, de nombreux habitants pointent des arrestations jugées non sélectives et dépourvues de critères précis. Si, au début, les jeunes à longue chevelure semblaient principalement ciblés, la situation aurait évolué. Désormais, des élèves, des pères de famille et des jeunes actifs, sans lien avec l’insécurité urbaine, seraient également interpellés, parfois en pleine journée.
Selon plusieurs témoignages concordants, ces arrestations sont menées par des individus en tenue civile, appuyés par une jeep de la police. Les personnes arrêtées sont ensuite conduites vers des destinations non identifiées, dans des conditions qualifiées d’inhumaines par leurs proches.
Un cas récent a particulièrement choqué l’opinion. Il y a deux jours, un jeune homme ne correspondant à aucun profil de « jeune désœuvré » a été appréhendé avant d’être relâché contre le paiement de 500 000 francs congolais. Une pratique que certains assimilent à une forme de rançonnement, voire à un enlèvement déguisé.
Des situations similaires seraient signalées dans plusieurs quartiers de la ville. « Ils m’ont arrêté près du tunnel Bel-Air, sans explication. On m’a fait monter dans un bus escorté par la police. Arrivés à destination, on nous a enfermés dans un petit cachot et exigé 500 000 FC pour sortir.
Il y avait même un père de famille bien habillé avec moi. J’ai été libéré à l’aube, après l’intervention de mes proches », confie un jeune Lushois
Dans ce climat de tension, la peur gagne du terrain. De nombreux jeunes évitent désormais certains axes routiers, tandis que des parents expriment leur inquiétude, redoutant des enrôlements forcés, surtout dans un contexte sécuritaire déjà préoccupant à l’Est du pays.
Par ailleurs, la police mène des bouclages nocturnes dans plusieurs communes qualifiées de sensibles. Le mardi 16 décembre, au moins 159 personnes, dont une femme, ont été présentées à la presse après des interpellations dans la commune de Kenya, ainsi qu’un autre groupe en provenance de Kasumbalesa. Les chiffres officieux font état d’environ 400 jeunes actuellement détenus.
Selon le commissaire divisionnaire de la police, une partie des personnes arrêtées sera transférée vers le centre de formation de Kaniama Kasese, tandis que les autres devront répondre de leurs actes devant la justice.
Tout en reconnaissant la pertinence de l’objectif sécuritaire, le cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga appelle à une suspension temporaire de l’opération. Il invite les autorités à revoir les mécanismes d’exécution afin de prévenir les abus, notamment les actes de rançonnement attribués à certains agents impliqués.
Elie Katshiamu

