Dans le territoire de Ngandanjika, au centre de la République démocratique du Congo, une statue attire l’attention sans toujours révéler son histoire.
Derrière cette représentation se cache un épisode ancien mais déterminant de la mémoire collective locale : celui de Tshiyamba, une jeune fille enterrée vivante afin de sceller la paix entre deux villages rivaux.
Selon la tradition orale transmise par les anciens, les villages Bakwa-Mulumba et Bena Mpiana étaient autrefois engagés dans un conflit prolongé marqué par des violences répétées et des pertes humaines. Aucune des deux communautés ne parvenait à prendre l’ascendant, et la situation affectait durablement la stabilité sociale du territoire.
Face à l’impasse, les autorités coutumières de l’époque auraient pris une décision extrême, conforme aux croyances traditionnelles alors en vigueur. Une jeune fille vierge, considérée comme innocente et étrangère aux causes du conflit, fut choisie pour servir de sacrifice rituel. Elle se nommait Tshiyamba.
D’après les récits locaux, la jeune fille fut enterrée vivante afin de consacrer une alliance de paix entre les deux villages. Cet acte symbolique visait à rendre le pacte irrévocable, la mémoire de Tshiyamba devant désormais servir de garantie morale contre toute reprise des hostilités.
La paix aurait effectivement été observée après cet événement. Avec le temps, le nom de Tshiyamba fut attribué au secteur où se serait déroulé le sacrifice, inscrivant durablement son histoire dans la toponymie du territoire de Ngandanjika.
Aujourd’hui, une statue érigée en sa mémoire se dresse dans la région. Pour de nombreux passants, il s’agit d’un simple monument. Pour les habitants et les détenteurs de la mémoire locale, elle représente un rappel permanent du prix humain payé pour la paix.
Cet épisode, bien que difficile à appréhender avec les valeurs contemporaines, demeure un témoignage des mécanismes traditionnels de résolution des conflits et de la place du sacrifice dans certaines sociétés anciennes. La figure de Tshiyamba continue ainsi d’interroger, entre devoir de mémoire, héritage culturel et réflexion sur la valeur de la vie humaine.
Nestor ilo
