La Haute Cour Militaire a tenu ce mardi une audience clé dans l’affaire impliquant le Lieutenant-Général Yav Irung Philémon, ancien Commandant de la Troisième Zone de Défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
À cette occasion, la défense du haut gradé a déposé un mémoire unique soulevant plusieurs exceptions de procédure, contestant tant la légalité de son arrestation que la régularité des poursuites engagées à son encontre.
Les exceptions soulevées par la défense
Dans son mémoire, la défense du Général Yav Irung a notamment invoqué :
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L’incompétence de la Haute Cour Militaire pour connaître de la cause ;
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L’omission d’informer le Commandant suprême des FARDC, le Président de la République, de l’arrestation de l’officier général ;
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La nullité des poursuites, engagées sans autorisation préalable du Chef de l’État ;
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Le caractère arbitraire de l’arrestation ;
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L’atteinte à la dignité humaine et au droit à la santé du prévenu ;
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Le dépassement du délai légal de 12 mois de détention préventive, sans prorogation régulière.
Sur la base de ces arguments, la défense a sollicité la mainlevée immédiate de la détention, la mise en liberté provisoire pour raisons médicales, ainsi que l’écartement des procès-verbaux établis par la commission spéciale chargée de l’enquête.
Ces informations sont contenues dans un compte-rendu officiel du service de communication de la Haute Cour Militaire.
Le Ministère public rejette les moyens de la défense
Prenant la parole pour le Ministère Public, l’Auditeur Général a rejeté l’ensemble des arguments de la défense. Il a affirmé :
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La compétence personnelle et matérielle de la Haute Cour Militaire à juger le Lieutenant-Général Yav Irung ;
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L’existence d’une information officielle du Chef d’État-Major Général dès le mois de septembre 2022 concernant l’arrestation du prévenu ;
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L’absence de détention irrégulière au-delà du délai légal de 12 mois ;
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Que le retard dans l’ouverture du procès s’explique par la nécessité de compléter le siège judiciaire avec des juges de grade requis par la loi.
En conséquence, l’Auditeur Général a demandé à la Cour de rejeter tous les moyens soulevés par la défense comme non fondés.
Décision attendue le 20 janvier 2026
Après avoir entendu les deux parties, la Haute Cour Militaire a annoncé qu’elle rendra son arrêt avant dire droit sur ces différentes exceptions le 20 janvier 2026, une décision très attendue dans ce dossier sensible mêlant sécurité nationale et justice militaire.
🔍 Révélations sur un co-prévenu : trafic d’armes et projet de balkanisation
Par ailleurs, lors de la même audience, un autre prévenu, Tshiboko Shauri Issa, chauffeur basé à Bukavu, a été formellement identifié. Selon l’accusation, il aurait, en 2021, transporté armes et munitions destinées au groupe armé Twigwaneho de Makanika, allié aux RDF/AFC/M23, à Minembwe, sur instruction directe du Général Yav Irung.
Il lui est également reproché d’avoir participé à des réunions clandestines à bord du bateau « Emmanuel Kat », visant la balkanisation de la RDC et l’exportation illicite de minerais vers le Rwanda, via la frontière de Ruzizi 2.
Un dossier aux enjeux majeurs pour la RDC
Cette affaire, suivie de près par l’opinion publique, met en lumière des accusations graves touchant à la souveraineté nationale, à la sécurité de l’État et à la lutte contre les réseaux armés et économiques illégaux opérant dans l’Est de la RDC.
La décision attendue le 20 janvier 2026 pourrait constituer une étape déterminante dans ce procès à forte portée politique, militaire et judiciaire.
LA REDACTION
