En République démocratique du Congo, la dénomination de plusieurs infrastructures publiques aux noms des membres de la famille Tshisekedi continue d’alimenter les débats.
Écoles, universités, hôpitaux, avenues, bâtiments administratifs et autres espaces publics portent désormais les noms de personnalités liées à cette famille politique.
Cette tendance soulève des interrogations au sein de l’opinion publique, des acteurs politiques et de certains analystes : s’agit-il d’une reconnaissance institutionnelle de personnalités ayant marqué l’histoire du pays ou d’une pratique pouvant être perçue comme une personnalisation du pouvoir ?
Une pratique qui interroge
Dans de nombreux pays, il est courant de baptiser des infrastructures publiques en hommage à d’anciens chefs d’État, à des héros nationaux ou à des personnalités ayant apporté une contribution exceptionnelle au développement national. Cependant, lorsque plusieurs membres d’une même famille sont honorés simultanément alors qu’un de ses représentants exerce encore le pouvoir, certains observateurs estiment que cela peut susciter un débat sur les principes de neutralité de l’État.
Des analystes rappellent que les biens publics appartiennent à l’ensemble de la Nation et que leur dénomination devrait idéalement refléter un consensus national ou honorer des figures dont l’héritage est largement reconnu.
Loyauté politique ou simple reconnaissance ?
Pour certains partisans du pouvoir, ces dénominations constituent une manière de reconnaître le rôle historique de la famille Tshisekedi dans la lutte pour la démocratie en RDC, notamment l’engagement d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure emblématique de l’opposition congolaise.
À l’inverse, des voix critiques estiment que cette multiplication pourrait être interprétée comme une démonstration de loyauté politique de certains responsables administratifs ou dirigeants locaux cherchant à afficher leur proximité avec les autorités en place.
Toutefois, sans éléments de preuve établissant les motivations individuelles des décideurs, il n’est pas possible d’affirmer que ces choix résultent d’une volonté de flatter les autorités ou d’obtenir des avantages. Les motivations peuvent varier selon les institutions et les contextes.
Les risques d’une personnalisation des institutions
Des spécialistes de la gouvernance estiment que lorsqu’un État associe de manière répétée ses infrastructures publiques aux dirigeants en exercice ou à leurs proches, cela peut nourrir la perception d’une personnalisation du pouvoir. Une telle perception peut fragiliser l’image de neutralité des institutions publiques, lesquelles sont censées représenter tous les citoyens, indépendamment des alternances politiques.
Dans plusieurs démocraties, les autorités privilégient généralement l’hommage à des personnalités après une période historique suffisamment longue afin de permettre une évaluation plus sereine de leur héritage.
Un débat qui dépasse un seul camp politique
Le débat sur les noms attribués aux infrastructures publiques ne concerne pas uniquement le pouvoir actuel. L’histoire politique congolaise montre que différentes époques ont connu des pratiques similaires de mise en avant de certaines figures politiques.
Pour plusieurs observateurs, l’enjeu principal réside dans l’adoption de critères transparents et consensuels pour la dénomination des biens publics, afin d’éviter toute polémique et de préserver le caractère national des institutions.
La présence croissante des noms de membres de la famille Tshisekedi sur des infrastructures publiques continue d’alimenter les discussions en RDC. Si certains y voient un hommage légitime à une famille ayant marqué l’histoire politique du pays, d’autres s’interrogent sur les effets symboliques d’une telle pratique sur la perception des institutions publiques.
Au-delà des positions politiques, cette question renvoie à un débat plus large sur la gouvernance, la mémoire nationale et les critères devant guider la dénomination des biens appartenant à l’État. Une approche transparente et inclusive pourrait contribuer à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et à éviter les interprétations liées à un éventuel culte de la personnalité.
LA RÉDACTION
