L’AFC/M23 annonce la prise en charge du personnel académique dont les salaires ont été suspendus et la poursuite des cours dans les établissements publics. Mais la reconnaissance des diplômes reste une question majeure.
L’annonce de l’AFC/M23 concernant les établissements d’enseignement supérieur situés dans les zones sous son contrôle ouvre un nouveau débat sur l’avenir de l’éducation en République démocratique du Congo. Le mouvement affirme notamment vouloir prendre en charge le personnel académique dont le salaire a été suspendu par Kinshasa et permettre la poursuite normale des cours malgré la suspension des activités académiques décidée par les autorités congolaises.
Si la première option apparaît techniquement envisageable, la seconde pose de nombreuses difficultés, notamment en ce qui concerne la reconnaissance officielle des diplômes.
L’AFC/M23 peut-elle réellement payer le personnel académique ?
Selon les déclarations du mouvement, l’AFC/M23 s’engage à assurer la prise en charge du personnel académique affecté par la suspension ou l’interruption des salaires.
Sur le plan pratique, cette première mesure peut sembler plausible. Une administration qui contrôle un territoire peut, en théorie, mobiliser des ressources afin de financer des services, rémunérer certains agents ou soutenir des institutions situées dans les zones qu’elle contrôle.
Cependant, la grande interrogation concerne la durabilité de cette prise en charge.
L’enseignement supérieur représente des milliers d’enseignants, d’agents administratifs et de travailleurs. Leur rémunération régulière nécessite des ressources financières importantes et surtout une structure administrative stable.
L’AFC/M23 devra donc préciser les mécanismes financiers qui permettraient d’assurer durablement le paiement du personnel académique.
La poursuite des cours : le problème de la reconnaissance des diplômes
La seconde annonce est beaucoup plus complexe.
L’AFC/M23 affirme vouloir assurer la poursuite normale des cours dans les établissements publics malgré la suspension décidée par Kinshasa. Mais un enseignement supérieur ne repose pas uniquement sur la présence des étudiants et des enseignants dans les salles de cours.
Il existe également une question fondamentale : qui valide officiellement les programmes, les années académiques et les diplômes ?
Dans le cadre institutionnel de la RDC, l’État central conserve un rôle essentiel dans l’organisation et la régulation du système national d’enseignement supérieur. Les établissements publics sont intégrés dans une architecture académique nationale.
Ainsi, si les cours continuent dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, les étudiants pourraient se retrouver face à une incertitude majeure : leurs études seront-elles reconnues officiellement par les institutions compétentes de la République démocratique du Congo ?
Kinshasa et le pouvoir de reconnaissance des diplômes
C’est ici que se trouve le cœur du problème.
La reconnaissance officielle d’un diplôme est liée au cadre légal et institutionnel de l’État. Kinshasa conserve les instruments juridiques et administratifs permettant d’organiser et de réglementer l’enseignement supérieur public sur le plan national.
Autrement dit, assurer des cours est une chose, garantir la reconnaissance officielle des diplômes en est une autre.
Un étudiant peut suivre normalement ses cours, passer ses examens et obtenir un document délivré par une institution locale. Mais si ce parcours académique n’est pas reconnu par les autorités compétentes du système national, les conséquences peuvent être graves pour son avenir professionnel.
Les diplômés pourraient rencontrer des difficultés pour :
- accéder à certaines professions ;
- poursuivre leurs études dans d’autres provinces ;
- intégrer la fonction publique ;
- faire reconnaître leurs diplômes à l’étranger.
Vers une fragmentation du système éducatif ?
La situation actuelle fait craindre l’apparition d’une fracture du système éducatif congolais.
D’un côté, Kinshasa exerce son autorité institutionnelle sur le système national d’enseignement supérieur. De l’autre, l’AFC/M23 cherche à maintenir le fonctionnement des établissements situés dans les zones qu’il contrôle.
Cette situation crée un risque de double système éducatif de fait, même en l’absence d’une séparation officielle.
Il faut toutefois être prudent avec les termes employés. La poursuite des activités académiques dans une zone sous contrôle d’un mouvement armé ne signifie pas automatiquement qu’une « balkanisation » de la RDC a été officiellement actée.
En revanche, si une séparation durable des systèmes administratifs, politiques et éducatifs devait s’installer, la question de l’unité nationale et de l’avenir institutionnel des territoires concernés deviendrait encore plus préoccupante.
Une solution politique indispensable
Pour les étudiants, les enseignants et les familles, la question dépasse largement les rivalités entre Kinshasa et l’AFC/M23.
La priorité devrait être de protéger le droit à l’éducation et d’éviter qu’une génération entière ne soit pénalisée par le conflit.
Le paiement du personnel académique peut répondre à une urgence sociale. Mais la poursuite des cours sans mécanisme clair garantissant la reconnaissance des programmes et des diplômes risque de créer une nouvelle crise.
Une solution durable nécessiterait un cadre permettant de garantir simultanément :
- la sécurité des étudiants et des enseignants ;
- la continuité des cours ;
- la rémunération du personnel ;
- la reconnaissance nationale des parcours académiques ;
- la protection de l’avenir professionnel des diplômés.
Conclusion
L’annonce de l’AFC/M23 sur la prise en charge du personnel académique apparaît, en théorie, plus facilement réalisable que celle consistant à assurer la continuité complète du système universitaire avec toutes les garanties institutionnelles qui l’accompagnent.
Payer les enseignants est possible. Organiser les cours est également possible. Mais garantir la reconnaissance officielle et nationale des diplômes est un défi autrement plus complexe.
À ce stade, le débat dépasse donc la simple réouverture des universités. Il concerne directement l’autorité de l’État sur le système éducatif national et l’avenir académique de milliers de jeunes Congolais.
Le véritable enjeu est clair : sans un mécanisme institutionnel reconnu pour valider les études et les diplômes, la poursuite des cours pourrait placer les étudiants dans une situation d’incertitude, malgré leur volonté de continuer leur formation.
Joshmishumbi