Washington haussent le ton face à la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Washington appelle officiellement le Rwanda à retirer sans délai ses forces militaires du territoire congolais et à cesser tout soutien au mouvement rebelle AFC/M23, accusé de graves violations des droits humains dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Cette position ferme a été réaffirmée par Sarah Troutman, sous-secrétaire adjointe américaine, qui a insisté sur la nécessité pour Kigali de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington, conclu sous l’administration du président Donald Trump.
Les États-Unis veulent des actes, pas des promesses
Selon la diplomatie américaine, les engagements pris par les différentes parties n’ont pas été respectés. Bien que le M23 ait annoncé un retrait partiel de certaines zones, notamment autour de la ville d’Uvira, les États-Unis constatent que ce retrait reste incomplet.
« Et bien que le M23 se soit partiellement retiré d’Uvira, nous n’avons toujours pas vu le retrait complet à 75 kilomètres en dehors d’Uvira, jusqu’à Kamanyola, comme les États-Unis l’avaient exigé en décembre », a déclaré Sarah Troutman.
Washington rappelle que cette exigence était une condition clé pour désamorcer les tensions et permettre une stabilisation durable dans le Sud-Kivu, une région déjà lourdement affectée par les conflits armés.
Accusations d’attaques contre des civils, notamment les Banyamulenge
La situation humanitaire demeure alarmante. Les États-Unis disent recevoir des rapports crédibles faisant état d’attaques de représailles contre les Banyamulenge, une communauté tutsie congolaise, ainsi que contre d’autres civils accusés de soutenir le M23.
Ces violences seraient attribuées à des groupes armés locaux, notamment les Wazalendo, ainsi qu’à d’autres bandes armées opérant dans l’est de la RDC. Washington appelle toutes les parties à protéger les civils, sans distinction ethnique ou politique, conformément au droit international humanitaire.
Une occupation prolongée et des crimes graves dans les Kivus
Les États-Unis dénoncent également près d’un an d’occupation par le M23 des villes stratégiques de Goma et Bukavu, deux centres urbains majeurs des Kivus. Durant cette période, les populations civiles auraient subi :
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des exécutions sommaires,
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des atrocités ciblées,
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des violations graves des droits humains,
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des pillages et des déplacements forcés.
« Les civils ont subi des atrocités, des exécutions et d’autres abus », souligne la responsable américaine.
Ces accusations renforcent la pression internationale sur le M23 et ses soutiens présumés.
Présence militaire rwandaise en RDC : des chiffres alarmants
Washington affirme disposer d’informations selon lesquelles entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais seraient actuellement déployés dans l’est de la RDC. Cette présence inclurait également une récente offensive sur Uvira, qualifiée de violation manifeste de la souveraineté congolaise.
« Le Rwanda continue clairement de soutenir le M23 et de déployer ses propres forces », a insisté Sarah Troutman.
Ces déclarations rejoignent plusieurs rapports d’experts de l’ONU et d’organisations internationales, qui documentent depuis des mois l’implication directe de Kigali dans le conflit.
Des reproches aussi adressés à Kinshasa
Les États-Unis ne ménagent toutefois pas la partie congolaise. Selon Washington, l’armée congolaise (FARDC) aurait poursuivi sa collaboration avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hostile au régime rwandais.
Cette situation complique davantage les efforts de paix et alimente un cycle de méfiance régionale, alors que les civils continuent d’en payer le prix.
Vers une pression diplomatique accrue
Les États-Unis affirment qu’ils vont s’assurer que toutes les promesses faites dans le cadre de l’accord de Washington soient respectées, aussi bien par le Rwanda que par la RDC. Washington envisage une pression diplomatique renforcée, en coordination avec les partenaires régionaux et internationaux, afin d’obtenir :
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le retrait total des forces étrangères,
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la fin du soutien aux groupes armés,
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la protection effective des civils,
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et la relance d’un processus politique crédible.
Une crise régionale aux lourdes conséquences
La persistance du conflit dans l’est de la RDC menace non seulement la stabilité du pays, mais aussi celle de toute la région des Grands Lacs. Pour les États-Unis, le respect de la souveraineté congolaise et la fin des violences armées restent des conditions essentielles pour une paix durable.
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