Dans plusieurs quartiers de la ville de Butembo, notamment à Kalemire dans la commune de Bulengera, les érosions urbaines continuent de progresser et de détruire des habitations.
Des familles entières sont confrontées à la disparition progressive de leurs parcelles, tandis que le sol s’effondre sous l’effet des ravins. Ce phénomène, aggravé par les pluies et la pression humaine sur l’environnement, inquiète les habitants, les autorités locales et les experts.
À Kalemire, les habitants décrivent une situation qui évolue lentement mais de manière destructrice. Kasereka Noé, âgé de 30 ans, explique que le phénomène a commencé par de simples fissures avant de s’aggraver. Il témoigne : « Tout a commencé par des fissures à la limite de notre parcelle. Ensuite, la terre a commencé à se déplacer progressivement jusqu’à emporter une partie de notre terrain et notre maison. Aujourd’hui, environ 50 parcelles sont déjà touchées. » Malgré les efforts des habitants pour freiner l’avancée des ravins avec des sacs remplis de terre, la situation continue de se dégrader.
Dans la cellule de Kivisire, les habitants vivent dans une inquiétude permanente face à la progression des érosions. Katungu Ranzeli, résident depuis 2013, exprime son désarroi : « Nous sommes fatigués de ces érosions. Nous plantons des arbres, mais cela ne suffit pas. Nous vivons ici uniquement par la grâce de Dieu. Nous demandons aux autorités de nous aider à trouver un autre endroit sûr pour vivre. »
Dans le même secteur, certaines familles ont déjà perdu leurs habitations. Kavugho Kanyunyu, habitante de Kalemire, déplacée avec sa fille dans une maison de relocalisation, raconte la perte progressive de son ancienne parcelle : « Les érosions ont commencé en 2009. Une première parcelle a été touchée, puis la situation s’est aggravée. J’habitais une parcelle de 25 mètres sur 25 qui a été complètement emportée. Les bambous que nous avons plantés n’ont pas pu arrêter la catastrophe. »
Face à cette situation, les autorités locales reconnaissent l’ampleur du problème. Le chef de quartier Kalemire, Visiri Isaac, confirme que plusieurs zones sont touchées et que la situation dépasse les capacités locales. Il déclare : « Plusieurs cellules du quartier sont affectées par les érosions. Nous sensibilisons la population et encourageons le reboisement, mais les moyens techniques et financiers restent insuffisants pour stopper les ravins. » Il appelle à une intervention urgente des autorités urbaines et provinciales afin de mettre en place des solutions durables.
Pour l’environnementaliste Chance Tayivisa, la situation de Butembo est le résultat d’une combinaison de facteurs humains et naturels. Il explique : « La déforestation, l’urbanisation non planifiée et l’absence de systèmes efficaces de drainage des eaux aggravent fortement les érosions. Les plantations seules ne suffisent pas. Il faut des solutions techniques combinant génie civil et reboisement massif. »
Sur le terrain, les observations montrent que les érosions à Butembo ne sont plus des cas isolés, mais une véritable crise environnementale urbaine. La pression démographique, les constructions dans des zones fragiles et le manque d’infrastructures de drainage accélèrent la dégradation des sols et augmentent les risques pour les populations.
À Butembo, la progression des ravins transforme progressivement certains quartiers en zones dangereuses. Habitants, autorités locales et experts s’accordent sur la nécessité d’une action urgente et coordonnée afin d’éviter que d’autres familles ne soient à leur tour victimes de ce phénomène.
Maua Grace
