Monsieur Bemba, vous parlez d’imposture et d’usurpation ? Parlons-en, puisque vous en avez le verbe haut.
1. De quel droit donne-t-on des leçons de patriotisme ?
Vous fustigez les 18 ans de Kabila et son passé d’homme entretenu par les puissances étrangères. Mais qui êtes-vous, Jean-Pierre Bemba, pour monter sur ce tribunal improvisé ?
Vous, le fondateur du MLC, mouvement créé en 1998 avec le parrainage de l’Ouganda de Museveni, l’agresseur qui, avec le Rwanda, a envahi notre pays. Vous avez été, comme Kabila, un artisan de la balkanisation de 1998. La seule différence : la fortune des armes a voulu qu’il gagne et vous perdiez.
Vous, le chef rebelle poursuivi par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en République centrafricaine, condamné en première instance, acquitté en appel, oui, mais sur des faits que nul ne peut effacer : vos hommes ont violé, pillé, massacré à Bangui en 2002-2003. Vous prétendez aujourd’hui incarner la morale patriotique ?
2. Un rebelle qui prêche la pacification
Vous dénoncez l’ingérence rwandaise, et vous avez raison sur le fond. Mais rappelez au peuple que vous fûtes vous-même un instrument des voisins. Votre MLC a dépecé la RDC aux côtés de l’Ouganda et du Rwanda. Vous avez combattu Kinshasa à main armée pendant cinq ans. Vous avez été vice-président du gouvernement de transition le même qui a produit la constitution de 2006 que vous accusez aujourd’hui d’avoir été violée.
Vous avez cheminé avec Kabila au sein du 1+4. Vous avez partagé le pouvoir, les portefeuilles et les compromissions avec celui que vous vouez désormais aux gémonies. La mémoire du peuple congolais, dont vous vous réclamez, n’est pas plus sélective que la vôtre : elle vous range tous les deux dans le même camp des héritiers du système de Sun City.
3. Vous attaquez Kabila, mais vous ménagez le présent
Votre texte est un réquisitoire contre le passé utile, mais complaisant pour le présent. Depuis 2019, sous Tshisekedi que vous encensez, l’Est du pays continue de brûler, le M23 occupe des chefs-lieux, des millions de déplacés errent, le Rwanda pille le coltan et l’or, et l’état de siège dans le Nord-Kivu et l’Ituri a produit plus de misère que de sécurité. Où sont donc ces résultats spectaculaires que vous brandissez comme un trophée ?
La gratuité de l’enseignement ? Sur le papier. Dans les faits, des enseignants impayés, des écoles sans bancs, une population prise en otage entre impôts écrasants et misère galopante. La multiplication par cinq du budget ? Avec une gouvernance inchangée et une dette qui explose.
Vous ne faites pas une analyse du régime actuel : vous en êtes un soutien assumé. Et c’est là toute la faiblesse de votre position : vous attaquez Kabila au nom d’un bilan dont vous fûtes aussi, pendant cinq ans, co-responsable et dont vous servez aujourd’hui les successeurs sans jamais les interpeller.
4. Ce que la RDC n’a pas besoin
Nous n’avons pas besoin d’un Bemba reconverti en chantre du pouvoir en place pour disqualifier son ancien rival.
La vérité est plus cruelle : la classe politique congolaise, dans son ensemble, a failli. Transition, guerre, pillage, ingérence, impunité les mêmes noms reviennent, le même système se perpétue sous d’autres casquettes.
Le pays n’a pas besoin d’un jeu d’acteurs jouant alternativement les accusés et les juges. Il a besoin d’un vrai renouveau, d’une rupture générationnelle, d’une justice qui frappe sans distinction tous ceux qui ont souillé ce pays, y compris ceux qui se réclament aujourd’hui du peuple.
Conclusion : Bemba, le Congo
Plutôt que de nous livrer à des joutes de vieux crocodiles de la transition, construisons la relève. La RDC n’appartient ni aux seigneurs de guerre repentis, ni aux héritiers des régimes impunis.
La patrie, oui. Mais pas la patrie des revanchards.
La mort, non ! la vie pour un peuple enfin libre.
Et avec ou sans Dieu, c’est le peuple congolais qui vaincra, ou personne.
Marley Vuvu