À trois mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, qui pourraient fragiliser politiquement l’administration de Donald Trump, la question du rapport de force dans l’Est de la République démocratique du Congo devient plus déterminante que jamais.
Washington avait exercé une forte pression sur l’AFC/M23 afin d’obtenir son retrait d’Uvira. Mais pendant que l’administration américaine tente de maintenir la pression, Kinshasa semble, de son côté, jouer la montre. Le président Félix Tshisekedi a annoncé l’organisation d’un dialogue national, mais en excluant explicitement l’AFC/M23 de ce processus.
Cette stratégie peut-elle tenir dans la durée ? Sur le terrain, la réalité militaire risque de finir par imposer sa propre logique. Car en politique comme dans les négociations de paix, le rapport de force demeure souvent le principal facteur qui détermine les positions autour de la table. L’AFC/M23 contrôle déjà plusieurs territoires et a réussi à s’emparer de grandes villes stratégiques comme Goma et Bukavu.
Si les affrontements reprennent et que la pression militaire se poursuit, le mouvement pourrait être tenté d’étendre davantage son contrôle territorial. Chaque nouvelle conquête renforcerait alors son poids politique et sa capacité à imposer ses conditions dans un éventuel processus de dialogue.
C’est là que se trouve le paradoxe de la stratégie de Félix Tshisekedi. En excluant l’AFC/M23 du dialogue, Kinshasa cherche à préserver le principe selon lequel aucun groupe armé ne doit pouvoir obtenir une légitimité politique par la force. Mais, dans le même temps, l’évolution du rapport de force sur le terrain pourrait rendre cette exclusion de plus en plus difficile à maintenir. Autrement dit, plus l’AFC/M23 gagne du terrain, plus il devient difficile de l’ignorer politiquement.
Kinshasa peut minimiser la portée de la prise de Goma, de Bukavu et d’autres villes. Mais ces événements ont une réalité politique et militaire. Ils modifient les équilibres et donnent à l’AFC/M23 des arguments supplémentaires pour revendiquer une place dans les discussions sur l’avenir du pays et de l’Est en particulier. Le calendrier américain ajoute une autre incertitude. Si les élections de mi-mandat affaiblissent l’administration Trump, la pression exercée actuellement sur les différents protagonistes pourrait perdre de son intensité.
L’AFC/M23 pourrait alors considérer qu’une fenêtre stratégique s’ouvre devant lui. D’où la nécessité, pour Kinshasa, de ne pas miser uniquement sur le temps et sur une hypothétique évolution de la position américaine. Car le temps n’est pas nécessairement neutre. Celui qui gagne du terrain pendant que l’autre attend finit souvent par arriver à la table des négociations avec davantage de cartes en main.
Dans cette équation, une autre force pourrait jouer un rôle déterminant : les Églises. Félix Tshisekedi a réussi à placer l’Église catholique et les Églises de réveil au centre de la dynamique politique autour du dialogue. Mais leur participation pourrait également devenir un casse-tête pour Kinshasa. Ces acteurs religieux ont déjà défendu l’idée d’un dialogue inclusif.
Or, comment pourraient-ils défendre un processus véritablement inclusif tout en acceptant l’exclusion de l’un des principaux protagonistes du conflit ? C’est donc toute la crédibilité du futur dialogue qui est en jeu. Si les Églises participent au processus, elles devront répondre à cette contradiction : soutenir un dialogue national tout en acceptant qu’un acteur majeur de la crise en soit exclu.
Si elles refusent cette logique, elles pourraient au contraire exercer une pression supplémentaire sur le pouvoir pour élargir le processus. Au fond, le véritable enjeu dépasse aujourd’hui la simple organisation d’un dialogue. Il porte sur qui aura suffisamment de poids pour en définir les règles, les participants et l’agenda.
Steve WEMBI Dépuis Kampala 28 Août 2026