Le débat autour du dialogue national en République démocratique du Congo se poursuit au sein de la classe politique. Cadre de l’Union sacrée de la Nation, Lambert Mende apporte son soutien à l’initiative portée par le président Félix Tshisekedi, tout en défendant l’exclusion de l’AFC/M23 de ce processus national.
Intervenant jeudi soir lors d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien ministre de la Communication a salué ce qu’il considère comme un « examen très lucide » des trente dernières années de crises congolaises.
Lambert Mende salue l’analyse de Félix Tshisekedi
Pour Lambert Mende, le chef de l’État a eu le mérite de revenir sur plusieurs décennies de crises politiques et sécuritaires en RDC. Il estime que cette analyse permet de mettre en lumière les responsabilités des différentes composantes de la classe politique congolaise.
Selon lui, les acteurs politiques ont trop souvent été préoccupés par leurs ambitions personnelles au détriment des problèmes fondamentaux qui empêchent le pays de progresser.
Lambert Mende se félicite également du fait que l’analyse présidentielle ne se limite pas à la classe politique, mais interroge aussi la responsabilité des institutions dirigeantes dans les difficultés accumulées au fil des années.
Une démarche qui doit partir de la base
L’ancien porte-parole du gouvernement considère également comme pertinent le choix de placer les populations à la base au cœur de la réflexion.
Pour lui, le dialogue national ne devrait pas être uniquement une affaire d’élites politiques réunies à Kinshasa. La participation de la population doit permettre d’identifier les problèmes réels auxquels les Congolais sont confrontés et de rechercher des solutions adaptées.
Cette approche vise, selon cette lecture, à éviter que les précédents processus politiques ne se répètent sans produire de transformations profondes.
Pourquoi Lambert Mende défend-il l’exclusion de l’AFC/M23 ?
L’un des points les plus sensibles évoqués par Lambert Mende concerne la participation de l’AFC/M23 au dialogue national.
Le cadre de l’Union sacrée estime qu’il faut distinguer les différents processus diplomatiques actuellement engagés pour tenter de résoudre la crise dans l’Est de la RDC.
Il rappelle que les discussions entre Kinshasa et Kigali sont traitées dans le cadre du processus de Washington, tandis que les questions liées à l’AFC/M23 sont abordées dans le processus de Doha.
C’est dans ce contexte qu’il a lancé, sur un ton ironique : « Avec ce raisonnement-là, il va falloir inviter Monsieur Kagame ».
Pour Lambert Mende, il serait donc irrationnel de faire participer directement au dialogue national ceux qu’il considère comme des acteurs de l’agression contre la RDC, alors que des cadres spécifiques de négociation existent déjà.
« Le vrai problème que nous avons, c’est avec un agresseur qui est le Rwanda »
Lambert Mende a également insisté sur la dimension régionale de la crise. Selon lui, la question de l’implication du Rwanda doit être prise en compte dans l’analyse de la situation sécuritaire dans l’Est congolais.
Il estime ainsi que Kinshasa est fondée à poser des conditions aux acteurs qui continueraient, selon lui, à soutenir Kigali avant leur éventuel retour dans la « maison commune ».
Cette position rejoint les déclarations antérieures de Lambert Mende, qui s’était déjà opposé à la participation au dialogue national de ceux qu’il qualifiait de « complices de l’agresseur ».
Une porte ouverte aux combattants de l’AFC/M23
Malgré sa position ferme sur la participation de l’AFC/M23 comme composante politique, Lambert Mende souligne qu’une possibilité de réintégration individuelle reste ouverte.
Selon lui, les combattants de l’AFC/M23 pourraient rejoindre la communauté nationale s’ils rompent « de manière crédible » leurs liens avec le Rwanda avant l’ouverture du dialogue.
Il considère cette possibilité comme une condition clairement posée par le président Félix Tshisekedi et non comme une simple hypothèse politique.
Le dialogue national au cœur du débat politique en RDC
La question de l’inclusivité du dialogue national reste l’un des principaux sujets de discussion dans la classe politique congolaise.
Alors que certains acteurs plaident pour une participation la plus large possible, le camp présidentiel et plusieurs responsables de l’Union sacrée défendent une approche conditionnelle, notamment concernant les acteurs impliqués dans la crise sécuritaire de l’Est.
Pour Lambert Mende, la priorité doit être de construire un processus capable de répondre aux causes profondes des crises congolaises tout en protégeant les intérêts et la souveraineté de la République démocratique du Congo.
L’enjeu sera désormais de savoir si le dialogue national parviendra à réunir suffisamment de forces politiques, sociales et citoyennes autour d’un compromis susceptible de contribuer durablement à la paix et à la stabilité du pays.
Joshmishumbi