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RDC : l’ARJPDH alerte sur des exactions massives contre les civils au Nord-Kivu et au Sud-Kivu

by Zionnews
L’ARJPDH alerte sur les exactions contre les civils au Nord-Kivu et au Sud-Kivu entre 2023 et mars 2025 et appelle à renforcer les enquêtes et la lutte contre l’impunité.

La situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo demeure extrêmement préoccupante. Dans son dernier rapport, l’ONG congolaise Action pour la Réforme de la Justice et la Promotion des Droits de l’Homme (ARJPDH) recense de nombreuses violations graves des droits humains commises entre 2023 et mars 2025 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Selon l’organisation, les exactions auraient été commises aussi bien par des groupes armés, notamment le M23, que par des éléments des forces régulières et des groupes armés alliés aux FARDC, communément appelés Wazalendo.

Prise de Goma et de Bukavu : un tournant dans le conflit

L’ARJPDH considère la prise de Goma le 27 janvier 2025, puis celle de Bukavu en février 2025, comme un tournant majeur dans l’évolution du conflit dans l’est de la RDC.

L’organisation affirme que les combats ayant accompagné l’offensive sur Goma en janvier et février 2025 auraient causé plus de 10 000 morts, principalement parmi les civils. Ces chiffres, particulièrement élevés, doivent toutefois être replacés dans le contexte des difficultés d’accès aux zones de combat et faire l’objet de vérifications indépendantes.

Le rapport évoque également une augmentation des violences sexuelles après l’évasion massive de détenus de la prison centrale de Muzenze, ainsi que des pillages signalés dans plusieurs quartiers de Goma.

Le M23 accusé d’exactions contre les populations civiles

Dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, l’ARJPDH accuse le M23 d’avoir commis plusieurs catégories de violations graves : attaques contre les civils, bombardements de sites accueillant des déplacés, déplacements forcés et exécutions sommaires.

Parmi les événements cités figure l’exécution présumée, le 22 février 2025, de vingt jeunes sportifs dans le quartier Kasika, à Goma.

L’ONG rapporte également des témoignages faisant état de l’exécution de civils non armés dans le quartier Katindo 2.

Ces accusations, comme celles concernant les différents acteurs du conflit, nécessitent des enquêtes indépendantes permettant d’établir les responsabilités individuelles.

Corneille Nangaa et les responsables militaires du M23 cités

Le rapport présente Corneille Nangaa Yobeluo, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et fondateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), comme l’un des principaux acteurs de la coordination politique et militaire de la coalition.

L’ARJPDH met également en cause Sultani Makenga, commandant militaire du M23, à qui l’organisation attribue notamment des accusations de violences sexuelles, de déplacements forcés et d’incendies de villages.

Le général Byamungu, présenté comme chef d’état-major adjoint du mouvement, est également cité dans le rapport relativement à plusieurs opérations militaires et à des exactions présumées.

Les FARDC et les Wazalendo également mis en cause

Le rapport ne limite pas les accusations aux groupes rebelles. L’ARJPDH dénonce également des violations qui auraient été commises par certains éléments des FARDC et des Wazalendo.

L’ONG fait état d’accusations d’exécutions sommaires, de violences sexuelles et de pillages, notamment lors de certains replis militaires.

Selon le rapport, des populations auraient également été prises pour cible en raison de leur appartenance communautaire ou de leur supposée proximité avec le M23.

Recrutement d’enfants et violences sexuelles

L’ARJPDH alerte par ailleurs sur le recrutement présumé de mineurs par les groupes armés, notamment dans le Sud-Kivu au début de 2025.

Certains enfants recrutés auraient été âgés d’environ 14 ans.

Le rapport documente également des accusations de violences sexuelles contre des mineures. Un cas cité concerne plusieurs filles âgées de moins de 14 ans qui auraient été violées le 30 janvier 2025 à Turunga, dans le contexte des déplacements de combattants.

Ces accusations constituent des violations particulièrement graves du droit international humanitaire lorsqu’elles sont établies.

Plus de 700 000 nouveaux déplacés autour de Goma

Les conséquences humanitaires du conflit sont également considérables.

Selon les données citées par l’ARJPDH, plus de 700 000 nouveaux déplacés internes auraient été enregistrés autour de Goma entre 2023 et 2025.

La poursuite des combats et des déplacements aurait entraîné la fermeture de plusieurs écoles et structures sanitaires, tout en aggravant l’insécurité alimentaire et les risques liés aux épidémies.

Pour les populations déplacées, l’accès à la nourriture, aux soins de santé, à l’eau potable et à la protection demeure un défi majeur.

Des sources nationales et internationales

Pour élaborer son rapport, l’ARJPDH indique s’être appuyée notamment sur des informations provenant d’Amnesty International, de Human Rights Watch, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, ainsi que sur des témoignages recueillis auprès de victimes et de témoins.

Cette combinaison de sources vise à documenter les violations et à contribuer à l’établissement des responsabilités.

L’ARJPDH demande des enquêtes et des sanctions

Face à l’ampleur des violations recensées, l’ONG recommande notamment l’élargissement des enquêtes de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes présumés commis dans l’est de la RDC.

Elle plaide également pour l’adoption de sanctions ciblées contre les commandants présumés responsables, ainsi que pour la garantie d’un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave aux populations affectées.

Pour l’ARJPDH, la lutte contre l’impunité constitue une condition essentielle pour prévenir de nouvelles violations et garantir justice aux victimes.

Qui est l’ARJPDH ?

Basée à Goma, l’Action pour la Réforme de la Justice et la Promotion des Droits de l’Homme est une organisation de la société civile congolaise active dans la promotion de l’État de droit ainsi que dans l’assistance juridique et psychologique aux victimes de violations des droits humains.

L’organisation indique également être membre de la Coalition pour la Cour pénale internationale depuis octobre 2024.

Le rapport de l’ARJPDH met en lumière la gravité de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC et appelle à une réponse centrée sur la protection des civils, la justice et la lutte contre l’impunité.

Alors que plusieurs acteurs sont accusés d’exactions, l’enjeu demeure désormais de documenter les faits, identifier les responsables et garantir aux victimes un accès effectif à la justice, conformément au droit congolais et au droit international.

ARJPDH

 

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