Plusieurs mois après les alertes lancées par l’Action pour la Réforme de la Justice et la Promotion des Droits de l’Homme (ARJPDH), la situation des défenseurs des droits humains demeure préoccupante dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon les informations rapportées par l’organisation, certains militants restent menacés ou poursuivis, tandis que d’autres, ayant trouvé refuge à l’étranger, continueraient de faire face à des pressions.
En février 2026, une publication consacrée à la situation des défenseurs des droits humains dans le Nord-Kivu avait mis en lumière la pression exercée sur plusieurs membres de l’ARJPDH.
À Goma et dans d’autres zones affectées par le conflit, ces acteurs de la société civile avaient documenté des violations attribuées à différents protagonistes de la crise congolaise, notamment le M23 et les forces gouvernementales.
Selon cette publication, cette approche consistant à documenter les abus indépendamment de leur auteur aurait placé plusieurs défenseurs dans une situation particulièrement délicate.
Des défenseurs accusés après avoir documenté les violations
Un avis de recherche référencé N°102/014/DGR/PNC-NK/2025 avait notamment cité plusieurs membres de l’ARJPDH, accusés de faits qualifiés de « faux bruits » et de « démoralisation des troupes ».
Les personnes citées dans le document étaient Kasende Taombo Pierrot, Shayabo Zaliya Exaucé, Muhima Pendeza, Mulolwa Kyeta Idi et Christine Mwadjuma Kieta.
Selon les éléments publiés à l’époque, cet avis de recherche ordonnait que les personnes recherchées soient conduites au bureau de l’état-major du département des renseignements généraux de la Police nationale congolaise au Nord-Kivu en cas d’interpellation.
Pour l’ARJPDH, ces poursuites s’inscrivaient dans un contexte plus large de pression contre les acteurs qui enquêtent sur les violations des droits humains.
Des rapports sur les exactions dans les zones de conflit
L’ARJPDH avait notamment publié des rapports consacrés aux violations présumées commises dans les zones contrôlées ou disputées par les groupes armés et les forces gouvernementales.
Selon les éléments rapportés dans la publication de février 2026, l’organisation avait enquêté sur des allégations de détentions clandestines et de tortures dans et autour de Goma après la prise de la ville en janvier 2025.
Les investigations s’appuyaient notamment sur des témoignages d’anciens détenus et sur des informations issues de rapports d’organisations internationales de défense des droits humains.
Plusieurs sites civils ou administratifs auraient, selon ces rapports, été utilisés comme lieux de détention ou d’interrogatoire.
Une documentation qui met en cause plusieurs acteurs
L’une des particularités de l’ARJPDH, selon sa propre présentation, est d’avoir documenté des violations attribuées à différents acteurs du conflit.
L’organisation affirme ainsi avoir recueilli des informations concernant des exécutions de civils, des pillages, des recrutements d’enfants et d’autres violations attribuées aux forces gouvernementales dans certaines zones de combat.
Cette démarche place les défenseurs dans une situation particulièrement vulnérable lorsqu’ils refusent de limiter leur travail à un seul camp.
Documenter les violations des droits humains, quel qu’en soit l’auteur, peut alors exposer les enquêteurs à des menaces provenant de plusieurs directions.
Des défenseurs toujours menacés
Plusieurs mois après les premières alertes, les préoccupations concernant la sécurité de certains membres de l’ARJPDH demeurent.
Selon les informations communiquées à Zionnews-TV, des défenseurs des droits humains vivant encore en RDC continueraient de vivre dans la peur, tandis que certains militants ayant quitté le pays pour se réfugier à l’étranger feraient également face à des menaces ou à des procédures qui, selon leurs proches et leurs organisations, seraient liées à leurs activités de défense des droits humains.
La situation de Mwadjuma Maimuna Kieta Christine est particulièrement préoccupante. Des appels à sa protection ont déjà été lancés, face aux menaces dont elle ferait l’objet.
Zionnews-TV appelle les autorités compétentes, les organisations nationales et internationales de défense des droits humains ainsi que les mécanismes des Nations unies à accorder une attention particulière à sa sécurité.
Appel à une protection internationale
Face à la persistance des menaces, la question de la protection des défenseurs des droits humains dans l’est de la RDC reste plus que jamais d’actualité.
Les organisations internationales sont notamment appelées à renforcer les mécanismes d’alerte, à documenter les menaces et à s’assurer que les défenseurs puissent poursuivre leur travail sans subir d’intimidation, de représailles ou de poursuites abusives.
La protection des défenseurs est également essentielle pour préserver la documentation des violations commises dans les zones de conflit. Sans témoins, enquêteurs et organisations capables de recueillir les témoignages des victimes, le risque d’impunité demeure considérable.
L’ARJPDH face à une situation qui perdure
L’affaire des membres de l’ARJPDH illustre ainsi les difficultés auxquelles sont confrontés les acteurs de la société civile dans l’Est de la RDC.
Alors que les combats et les tensions politiques continuent de fragiliser la région, les défenseurs des droits humains se retrouvent parfois pris entre plusieurs lignes de confrontation.
Plusieurs mois après les premières alertes, leur protection ne devrait donc pas être considérée comme une question secondaire.
Zionnews-TV réitère son appel aux Nations unies, aux organisations internationales de défense des droits humains, aux ONG régionales et aux mécanismes spécialisés de protection des défenseurs afin qu’une attention urgente soit accordée aux personnes menacées, notamment à Mwadjuma Maimuna Kieta Christine.