C’est depuis Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, que le gouvernorat a dû gérer une crise qui secoue tout le Grand-Nord.
La suspension des taxes sur le carburant annoncée ce vendredi par le directeur de cabinet David Kamuha n’est pas qu’une affaire de prix à la pompe. C’est la conséquence d’un système à bout de souffle, dont les causes sont désormais connues.
Le problème ne date pas d’hier. La taxe conventionnelle pour la reconstruction, collectée sur chaque litre de carburant qui entre par Kasindi, a été pensée pour financer le Grand-Nord, et en premier lieu l’aéroport international Docteur Étienne Tshisekedi de Beni-Mavivi. Trois causes ont fait exploser le conflit entre l’association Congolaise des Commissionnaires Agréés en Douane et la FédérationdesEntreprisesduCongo. D’abord l’opacité de la collecte, la Fec pétroliers accuse l’Accad de collecter sans jamais justifier les montants ni leur destination alors que la Société des Services Vihumbira dit avoir exécuté plus de 66% des travaux de l’aéroport pour seulement 1 à 2% de paiement.
Ensuite la double peine pour le Grand-Nord, le consommateur de Beni, Butembo et Lubero paie le carburant le plus cher à cause de cette taxe sans voir les routes promises, alors que Beni porte déjà le poids d’être le chef-lieu provisoire. Enfin l’absence de traçabilité, depuis l’alerte de la Société des Services Vihumbira le 15 juillet, le soupçon de détournement du compte dédié à l’aéroport est devenu insupportable et a poussé la Fédération des Entreprises du Congo à la grève unilatérale.
Face à cela, le gouverneur militaire Somo Kakule Evariste a répliqué avec fermeté. Il a ordonné la suspension pour un mois de la taxe, l’ouverture d’audits sur tous les projets financés et sur la chaîne de perception elle-même, et la baisse obligatoire du prix à la pompe. Une réunion de vérité est annoncée pour le 09 novembre.
Mais ce conflit n’est vécu que par la population qui a souffert ce vendredi matin. Conséquence directe de la grève, toutes les stations ont fermé à Beni et Butembo. Sur le marché noir, les revendeurs communément appelés Kadhafi ont fait flamber le prix jusqu’à 11 000 FC le litre. Cette hausse a immédiatement influencé le prix de la course en moto qui est passé du simple au double, pénalisant les élèves, les commerçants et les malades.
Pendant ce temps, les débats font rage dans les groupes Whatsapp les plus alimentés de la ville comme Naza Beni, Cpdh, Beni info, Beni actualité où la population ne demande qu’une seule chose, savoir où est passé l’argent de son aéroport. À l’heure actuelle les yeux sont tournés vers les prochains jours pour voir l’évolution du dossier et revoir en baisse le prix du carburant.
Maki Barack Patrick à Beni