1. Parce qu’un corps contaminé peut encore transmettre le virus
Une personne décédée d’Ebola reste dangereuse pour son entourage, notamment en raison du contact avec ses fluides corporels. Le lavage, l’habillage, le toucher ou d’autres rites funéraires peuvent exposer directement les personnes présentes.
Exemple: Guinée, décembre 2014 – janvier 2015 : une seule cérémonie funéraire traditionnelle à Kissidougou a été liée à 85 cas confirmés d’Ebola. Dix-huit personnes infectées avaient directement participé aux funérailles et eu un contact avec le corps ; les autres ont été contaminées après avoir été en contact avec des participants.
*2. Parce qu’une seule cérémonie funéraire peut déclencher plusieurs chaînes de transmission*
Le danger ne s’arrête pas aux personnes qui touchent directement le corps. Une personne contaminée lors d’un enterrement peut ensuite transmettre le virus à sa famille, ses voisins ou d’autres personnes.
Exemple: Sierra Leone, 2014 : l’OMS rapporte qu’un seul événement funéraire a déclenché une chaîne de transmission qui a finalement été associée à 365 décès liés à Ebola. L’événement a également contribué à l’apparition de cas au Liberia.
*3. Parce que manipuler un corps sans protection peut transformer une famille entière en contacts à risque*
Le risque concerne particulièrement les pratiques traditionnelles impliquant le lavage, l’habillage ou le toucher du défunt. Les données du CDC montrent que ces pratiques ont constitué une voie importante de transmission pendant l’épidémie ouest-africaine.
Exemple: Guinée, 2014–2016 : une analyse du CDC indique que de nombreux cas en Guinée étaient liés au lavage et au contact avec des personnes ou des corps infectés sans précautions adéquates, notamment à domicile et pendant les funérailles.
*4. Parce qu’attaquer les équipes peut interrompre les activités de riposte*
Une équipe attaquée ne peut pas continuer normalement à rechercher les contacts, enquêter sur les décès, vacciner, transporter les malades ou organiser les enterrements sécurisés.
Exemple : RDC, 24 février 2019 : le centre de traitement Ebola géré par MSF a été attaqué et partiellement incendié. MSF a dû suspendre ses activités dans le centre.
*5. Parce que les attaques peuvent provoquer des interruptions de soins dans une zone entière*
Lorsque les équipes médicales se retirent pour des raisons de sécurité, les conséquences dépassent largement le lieu de l’attaque : patients, contacts et personnes suspectes peuvent rester sans prise en charge suffisamment rapide.
Exemple: RDC, février–mars 2019 : après plusieurs attaques contre les centres de traitement, MSF a suspendu ses activités à Katwa. L’organisation signalait alors des dizaines d’incidents de sécurité contre la riposte rien que durant le mois de février.
*6. Parce que les attaques peuvent retarder l’identification des nouveaux cas*
Plus une personne infectée reste sans être identifiée et isolée, plus elle peut avoir de contacts et transmettre le virus. La surveillance et la recherche des contacts sont donc essentielles.
Exemple :RDC, 2019 : le 9 mai 2019, l’OMS faisait état de 1 600 cas confirmés et probables et 1 069 décès, tout en signalant que les suspensions temporaires et les retards dans les enquêtes de cas compliquaient la riposte.
*7. Parce que la violence peut coûter la vie aux personnes qui viennent protéger la population*
Les équipes de riposte ne sont pas seulement empêchées de travailler : certaines personnes ont réellement été tuées ou blessées dans l’exercice de leur mission.
Exemple : RDC, 27–28 novembre 2019 : deux attaques contre des installations de la riposte à Biakato Mines et Mangina ont fait quatre morts parmi les travailleurs de la riposte et cinq blessés, selon l’OMS.
*8. Parce qu’une attaque peut entraîner la mort ou la blessure de personnes qui n’ont rien à voir avec la riposte*
Les violences peuvent également toucher les patients, leurs familles et les personnes présentes dans les centres de traitement.
Exemple: Katwa, RDC, 24 février 2019 : lors de l’attaque du centre de traitement Ebola, le frère d’un patient est décédé alors qu’il tentait de fuir les lieux. Le centre et du matériel ont également été endommagés.
*9. Parce que l’insécurité peut rendre la vaccination beaucoup moins efficace*
Dans une épidémie d’Ebola, vacciner rapidement les contacts et les contacts de contacts est un élément essentiel du contrôle de la transmission. Si les équipes ne peuvent pas accéder aux quartiers concernés, les personnes à risque peuvent rester non vaccinées.
Exemple :Nord-Kivu et Ituri, RDC, 2018–2020 : des travaux scientifiques ont montré que le conflit et la méfiance communautaire compromettaient les stratégies de vaccination. Les modèles indiquaient que les retards d’accès aux contacts réduisaient fortement les chances de contenir l’épidémie.
10. Parce que détruire la confiance envers la riposte peut prolonger l’épidémie
Lorsqu’une communauté refuse les équipes, cache les malades ou les décès, refuse la vaccination ou empêche les enterrements sécurisés, les autorités sanitaires perdent des informations essentielles pour suivre les chaînes de transmission.
Exemple: RDC, 2018–2020 : l’OMS et plusieurs analyses de cette épidémie ont documenté les conséquences de la méfiance et des attaques contre la riposte. En avril 2019, l’OMS signalait déjà 87 travailleurs de santé infectés, dont 31 décédés, tandis que les suspensions répétées de certaines activités compliquaient la réponse.
*Après ces recherches que j’ai effectuées ce soir, nous pouvons comprendre une chose : Attaquer les équipes de riposte, ce n’est pas seulement attaquer des médecins, infirmiers ou agents communautaires. C’est aussi interrompre la recherche des contacts, retarder l’identification des malades, empêcher les vaccinations lorsqu’elles sont disponibles, perturber les soins et rendre les enterrements sécurisés plus difficiles.*
Manipuler une dépouille d’une personne morte d’Ebola sans protection, c’est exposer directement les personnes présentes et potentiellement créer une nouvelle chaîne de transmission. Les exemples de la Guinée et de la Sierra Leone montrent que le danger est concret et documenté : une seule cérémonie funéraire a pu être associée à des dizaines, voire des centaines de cas ou de décès.
À retenir : un corps d’une personne décédée d’Ebola n’est pas un corps ordinaire. Il doit être pris en charge par des équipes formées et équipées. Et les équipes de riposte doivent être protégées pour pouvoir protéger la population.
Ces recherches ont été menées par Pascal NDUYIRI, Journaliste Congolais, dans un contexte de crise sanitaire en RDC caractérisées par la maladie à Virus EBOLA de la souche Bundibugyo.
