Alors que les débats politiques occupent la scène à Kinshasa, les populations de l’Est de la République démocratique du Congo vivent une nouvelle tragédie.
Depuis la nuit du 6 au 7 mai 2026, plusieurs attaques attribuées aux rebelles ADF ont frappé les territoires de Beni et Mambasa, causant la mort de dizaines de civils et provoquant une nouvelle vague de peur dans la région.
À Beni, des villages entiers ont été attaqués dans le groupement Batangi-Mbau. Des habitants de Manzungu, Musangwa, Wasafi et Mangambo racontent des scènes de panique, des maisons incendiées et des familles contraintes de fuir en pleine nuit. Les corps des victimes ont été transférés vers la morgue d’Oïcha, tandis que plusieurs personnes restent portées disparues.
En Ituri, la situation reste tout aussi dramatique. Une attaque menée à Biakato-centre, dans le territoire de Mambasa, a fait plusieurs morts selon des sources locales. Les habitants dénoncent un climat d’insécurité permanent malgré la présence des forces armées dans la région.
Une classe politique accusée de détourner l’attention
Ces massacres relancent le débat sur les priorités de la classe politique congolaise. Pendant que les acteurs politiques s’affrontent sur les questions institutionnelles, les alliances et les tensions entre majorité et opposition, les populations de l’Est continuent de vivre sous la menace quotidienne des groupes armés.
Dans plusieurs villes du pays, des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une déconnexion entre les préoccupations politiques à Kinshasa et la réalité dramatique vécue dans les zones en conflit.
La Ligue internationale pour la sauvegarde des droits de l’homme et de l’environnement (LISVDHE) estime que l’État congolais, mais aussi l’ensemble de la classe dirigeante, doivent assumer leurs responsabilités face à l’aggravation de l’insécurité dans l’Est du pays.
« Les civils sont abandonnés »
Selon des témoignages recueillis auprès des populations locales, des alertes sur les mouvements des assaillants auraient été signalées avant les attaques. Pourtant, aucune réponse sécuritaire efficace n’aurait permis d’éviter les massacres.
Cette situation provoque une profonde colère parmi les habitants, qui dénoncent un sentiment d’abandon. Dans certaines zones de Beni et de l’Ituri, des familles passent désormais leurs nuits dans la brousse par peur de nouvelles incursions armées.
Des organisations de défense des droits humains rappellent que la protection des civils constitue une obligation fondamentale de l’État et appellent à des actions concrètes plutôt qu’à des discours politiques.
L’Est de la RDC face à une crise sans fin
Depuis plusieurs années, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri restent confrontées aux violences des groupes armés malgré les opérations militaires et les promesses répétées de rétablissement de la paix.
Pour de nombreux observateurs, la crise sécuritaire de l’Est dépasse désormais les clivages politiques traditionnels. Elle pose la question de la capacité réelle des institutions congolaises à protéger les populations et à restaurer durablement l’autorité de l’État.
Pendant ce temps, à Beni, Mambasa et dans plusieurs localités de l’Est, les familles endeuillées attendent toujours des réponses concrètes face à des massacres qui continuent de se répéter dans l’indifférence générale.
JOSHMISHUMBI
