Les dérives observées sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo suscitent de plus en plus d’inquiétudes. Alors que les attaques verbales, les insultes et les menaces se multiplient dans l’espace numérique, la question de la responsabilité des utilisateurs et de l’application de la loi revient au centre du débat.
À force de s’en prendre aux opposants et de multiplier les propos injurieux sur les réseaux sociaux, certains membres de ce qui est communément appelé l’« armée numérique » de Kinshasa ont également ciblé plusieurs personnalités proches du pouvoir, notamment la Première dame Denise Nyakeru, la Première ministre Judith Suminwa et l’ancien président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe.
Le parquet veut renforcer la lutte contre les infractions numériques
Face à cette escalade, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a instruit les officiers de police judiciaire (OPJ) à compétence générale d’intensifier la recherche, la constatation et la répression des infractions commises sur les réseaux sociaux et dans les autres espaces numériques.
Cette instruction intervient dans un contexte où les réseaux sociaux congolais sont devenus un véritable champ de confrontation politique. Les débats d’idées cèdent parfois la place aux insultes, aux attaques personnelles, aux menaces et à des propos pouvant potentiellement constituer des infractions.
Une justice qui doit s’appliquer à tous ?
Si la volonté de lutter contre les abus sur Internet peut être saluée, une interrogation demeure dans l’opinion : la nouvelle politique de répression des infractions numériques concernera-t-elle uniquement les personnes qui s’attaquent aux membres du pouvoir, ou sera-t-elle appliquée de manière équitable à tous les acteurs politiques ?
Cette question se pose notamment après la diffusion d’une vidéo présentée sur les réseaux sociaux comme étant attribuée à une femme identifiée sous le nom de Gethou Bampile. Dans cette vidéo devenue virale, des propos extrêmement graves auraient été tenus à l’encontre de l’opposant Martin Fayulu, de son épouse et de ses enfants.
Selon les éléments relayés autour de cette séquence, des appels à des violences sexuelles contre l’épouse de Martin Fayulu ainsi que des appels à tuer l’opposant et ses enfants auraient été formulés.
Zion News TV condamne fermement tout appel à la violence, aux violences sexuelles, à la haine ou à l’atteinte à la vie d’une personne, quelle que soit son appartenance politique.
Il appartient désormais aux autorités judiciaires compétentes de vérifier l’authenticité de la vidéo, d’identifier précisément son auteure et, si les faits sont établis, de déterminer les responsabilités conformément à la loi.
Pas de justice à géométrie variable
La lutte contre les dérives numériques ne devrait pas être perçue comme une arme dirigée contre une famille politique ou une catégorie d’opposants.
Une insulte visant une personnalité du pouvoir doit être traitée avec la même rigueur qu’une menace visant un opposant. De la même manière, les appels à tuer, violer ou agresser des personnes ne devraient jamais être banalisés en raison des opinions politiques de leurs victimes.
Dans une démocratie, la liberté d’expression est essentielle, mais elle ne devrait pas devenir un prétexte pour appeler à la violence ou menacer la vie d’autrui.
La justice appelée à faire son travail
La RDC fait aujourd’hui face à un défi important : parvenir à encadrer l’utilisation des réseaux sociaux sans transformer la lutte contre les infractions numériques en instrument de règlement de comptes politiques.
La décision du procureur général près la Cour de cassation constitue donc un test important. La population attend de voir si cette instruction sera appliquée de manière impartiale, indépendamment de l’identité de la victime ou de l’auteur présumé des propos.
Dans le cas de la vidéo concernant Martin Fayulu et sa famille, il revient à la justice d’établir les faits et de prendre les mesures appropriées si des infractions sont effectivement constatées.
La politique ne devrait jamais justifier la haine. Et derrière chaque polémique sur les réseaux sociaux, il y a des êtres humains dont la dignité et la sécurité doivent être protégées.
LA REDACTION